vendredi 6 novembre 2009

Le coin du bouquin : Nous Autres

Nouvel épisode du coin du bouquin !

Aujourd’hui j’ai envie de vous faire partager un livre que j’ai retrouvé au détour d’une étagère de ma bibliothèque :
Nous autres d’Eugène Zamiatine

Pour la petite histoire, j’ai lu ce livre il y a plus de 10 ans. Il m’avait été prêté par mon professeur de philosophie, je ne saurais plus dire pour quelle raison de départ.
Mais à vrai dire, peu importe cette raison, le livre est tout simplement génial et je remercie encore M. Borieux de me l’avoir fait découvrir !

Pour bien comprendre l’histoire, il faut se remettre un peu dans le contexte. Eugène Zamiatine fut contemporain et concitoyen de Staline. D’ailleurs ce dernier apprécia moyennement le livre et fit enfermer son auteur… Ce qu’ils sont susceptibles ces moustachus !
Bref, Zamiatine fini par être libéré du goulag où il croupissait avant d’être exilé à Paris en 1931.
Voilà pour le contexte historique.

L’histoire maintenant. Elle est racontée directement par le personnage principal, à la première personne du singulier. Ce qui m’avait frappé à l’époque, c’est qu’il ne s’adressait pas aux générations futures ou contemporaines, comme souvent dans ce type de roman. Non, le « héros », D-503 (charmant patronyme, non ?), s’adresse aux générations passées. Aux générations qui sont nées libres, avec le droit de lire, d’aimer la musique, de rêver. Toutes ces choses interdites et ridiculisées dans son monde.
Vous l’aurez compris, "Nous autres" est une contre-utopie. C’est-à-dire que le monde qui y est décrit, régit par un Etat tout puissant supposément dévoué au bonheur, est en réalité un monde totalitaire. Un monde où toute liberté de pensée ou d’action est complètement réduite à néant.

Au début de l’histoire, D-503 est un mathématicien. Il travaille sur un vaisseau spatial il me semble, mais en fait, ça n’a aucune espèce d’intérêt dans l’histoire. Ce qui est intéressant, c’est son évolution. Car dans les premières pages, le monde dans lequel il vit lui semble merveilleux. L’Etat Unique est fabuleux, tout va pour le mieux, un vrai conte de fée ! Le tout raconté avec une telle innocence que le lecteur a plutôt pitié du héros.
Mais bien évidement, les choses n’en restent pas là… Sinon il n’y aurait pas d’histoire ! Et pour secouer un peu tout ça, quoi de mieux qu’une femme… I-330 : belle, libre, révolutionnaire. Dangereuse. Comme on peut s’y attendre, elle va entrainer D-503 dans les méandres de la résistance, au-delà de ses préjugés et du mur d’enceinte de la cité.

La suite je ne vous la raconte pas, ce serait vous gâcher le plaisir !

Pour ceux qui auraient comme une impression de déjà vu, oui, ça ressemble beaucoup à « 1984 » de George Orwell. Ceci-dit, et malgré toute mon admiration pour Orwell, la comparaison n’est pas à son avantage. Loin s’en faut ! Une vulgaire repompe à laquelle il manque trop de choses. A commencer par du vécu.


Voilà ! Maintenant je vous laisse découvrir l’œuvre ! Bonne lecture à tous !


vendredi 23 octobre 2009

Contre-pied


Objectif du jour : Prendre Waid à contre-pied… C'est-à-dire faire tout sauf le texte qu’il attend. Oui, parce que aux vues des mots qu’il a choisi, je me doute quand même un peu de ce qu’il attend ! Mais comme j’ai décidé d’être un peu garce…

Petit rappel : le thème était « amour au bureau » et les mots « lunettes, sphincter, chibre, perroquet, menottes ».


Julien regarda sa montre pour la énième fois de l’après-midi, mais les aiguilles ne semblaient pas pour autant décidées à accélérer leur marche. Encore deux heures. Deux heures avant que l’immense parc animalier ne ferme et qu’il puisse enfin, après une dernière ronde, regagner son bureau et la retrouver. 
Avec un soupir de résignation, il entreprit un nouveau tour du propriétaire pour tromper l’ennui. Remontant les allées de gravier, il contourna les tables de bois où les joueurs de chibre et d’échec se regroupaient. Beaucoup plus bruyant, les joueurs de cartes contrastaient étrangement avec leurs collègues stratèges. Habitué aux disputes gueulardes des uns comme à l’indifférence taciturne des autres, Julien ne leur prêta aucune attention et les dépassa à grand pas. 

Arrivé à la hauteur de la ménagerie, il interrogea du regard son collègue en poste devant l’entrée. D’un simple signe de tête, ce dernier lui signifia que tout allait bien. S’il fut surpris de voir son chef faire une nouvelle ronde d’inspection alors que la dernière datait de moins d’une heure, il n’en laissa rien paraître. Préférant certainement l’ignorance aux aboiements bourrus qu’il se serrait attirés en posant la question ouvertement. 
Julien poursuivi sans entrer dans la ménagerie, et fit de même en passant devant la volière et devant le chenil. Il évitait autant que possible ces zones du parc où le bruit régnait en maître. Cochons, perroquets et chien de toutes races n’avaient jamais été de ses animaux préférés, bien qu’il veilla à leur bien-être autant que pour les autres. 
Il ralentit en revanche le pas en approchant du vivarium. Serpents et lézards étaient autrement plus calmes que leurs voisins à sang chaud, et il aimait le calme et l’obscurité du lieu. Même les enfants restaient muets d’admiration devant les grandes vitres. Certains, plus hardis que les autres, écrasaient leur nez et leurs menottes contre la glace, dans l’espoir de faire bouger le grand serpent à lunettes ou l’inquiétante vipère à cornes. En générale, ni le naja ni la cornue ne se souciaient de leur donner satisfaction.
Prenant son temps, l’homme aimait prolonger cet instant de quiétude en poursuivant sa ronde par l’aquarium. Là aussi, les visiteurs conservaient un silence respectueux, chuchotant instinctivement pour ne pas troubler la paix des lieux. 
Dans leur immense bassin à ciel ouvert, le couple de dogon broutait paisiblement, se laissant parfois flotter entre deux eaux pour observer les étranges bipèdes qui déambulaient de l’autre côté de la vitre. Julien aimaient les observer de longs moments, regardant les sphincters de leurs yeux s’ouvrir et se fermer en un curieux clin d’œil.

Mais l’aquarium, c’était surtout le repaire des amoureux. Des couples de tous âges venaient s’y promener, main dans la main, flânant dans l’atmosphère romantique des reflets bleutés. Il les observait souvent, suivant leur avancée avec un sourire complice. Aujourd’hui particulièrement. Chacun de ses couples réveillait son impatience… Bientôt, il pourrait rejoindre son bureau, enfin, et l’inviter à le rejoindre. Seuls au monde au milieu de ce parc déserté, ils pourraient alors se gorger de leur présence mutuelle, le corps et l’esprit tendus par l’attente qui les avait tenaillés toute la journée. Rêvassant devant les aquariums, il imaginait déjà ses doigts courant sur sa peau… Avec un peu d’imagination, il pouvait même déjà entendre le crissement léger des bas de nylon sous ses ongles…


Voilà ! A vous de jouer maintenant Monsieur Waid ! La balle est dans votre camp ;)
Voici la liste que je vous propose :
Grande peur (thème)
Eau minérale
Rhinocéroce
Poupée
Crème
Chenille

mercredi 21 octobre 2009

Ping-pong


A partir d'aujourd'hui, je commence deux parties de ping-pong. L'une avec ma douce Alyanne, l'autre avec Waid.

Le but du jeu :
Le premier joueur propose au second une liste de 10 mots (ou 5 mots et un thème). L'adversaire doit rédiger un texte ou un poème où se retrouveront chacun de ces mots/thèmes. Puis il renvoie la balle en proposant à son tour une nouvelle liste.

Bon vous l'aurez compris, c'est un exercice d'écriture. Il ne s'agit pas de faire un roman à chaque fois ! Mais le principe est amusant en atelier, il devrait bien fonctionner par blog interposé aussi !

Dans la partie avec Alyanne, le service est pour moi. Voici donc la liste que je lui propose (les verbes peuvent être conjugués) :
pommier
rouge
solitaire
calendrier
crayon
blessure
jouer
crever
bouteille
soulier


Dans la partie avec Waid, c'est à lui que revient le service. Et voici la liste qu'il me soumet :
Amour au bureau (thème)
lunettes
chibre
sphincter
menottes
perroquet

Il ne m'a pas loupé le bougre... Mais je relève le défi ! (et je lui prépare une liste bien corsée en retour, cela va sans dire...)

A suivre...





[édit : j'ai réussi à faire des liens propres ! La classe... Oui, il m'en faut eu pour être fière de moi, mais en même temps, je pars de vraiment loin en informatique !]

mardi 20 octobre 2009

Un vieux poème raté

Intraveineuse

Au secours
Je n’y crois plus
J’ai perdu l’espoir
C’était ma drogue
Et mes mains tremblent
De ne plus y croire
L’espoir
Ce virus
Je t’en prie
Injecte le moi
Directement
De ton sang
Dans mon sang
Comme un morceau de toi
Qui entrerait en moi
Au secours
Je veux croire de nouveau
J’en ai besoin
S’il te plait …

lundi 12 octobre 2009

Hymne

Aller, encore un peu de recyclage...
La Déesse du rocher

Au bord du monde pleure la Déesse.
Assise sur un rocher,
Pierre d’elle-même,
En équilibre au bord de l’abîme,
Son regard erre sur la terre,
Sur son corps meurtri.
Pleure
Pleure la Déesse
Et se souvient…
Etait-ce hier ?
Est-ce maintenant ou demain ?
Quand le Cercle s’est-il ouvert ?
Le Cercle si parfait…
Toutes Morts nourrissant toutes Vies…
Mourir était alors vivre un peu plus
Le corps nourrissant les corps
Et l’âme nourrissant les âmes
Le Cercle si parfait
Mais les hommes ont volé la Mort
Et offrent au néant
La Vie qui se consume.
Renonçant à la Vie,
Ils cherchent l’éternité
Et chacun de leur geste
Dispense l’inexistence.
Tournant son visage vers le miroir du ciel,
La Mère contemple aux cieux
Le reflet de sa rondeur.
Mais ses yeux s’en retournent
Vers le monde égaré
Et les larmes, à nouveaux, coulent sur le rocher.
Où sont mes fils et le vent dans leurs branches ?
Où sont mes filles dont les eaux faisaient chanter les galets ?
Où sont mes enfants, leurs jeux et leurs chasses effrénées ?
Disparus, asséchées, presque éteints.
Que va-t-il naître de mon ventre ?
Mon fils verra-t-il encore le jour ?
Y aura-t-il encore une saison pour nous aimer ?
Et serais-je ronde encore ?
Ou bien n’enfanterai-je que du vide
Et de l’inexistence ?
Ainsi pleure la Déesse
Au bord du monde sur son rocher.


mardi 22 septembre 2009

Brèves de bureau


Les seuls trucs intéressants dans un open-space, ce sont les discussions hasardeuses que l'on peut surprendre... Voyez plutôt !


Mme C : Elle est trop grosse ! Ça ne rentrera jamais !
Mme V : Mais si ! A priori c'est prévu pour ! En forçant un peu, tu va voir qu'elle va rentrer.

Mme C : Non regarde ! Tout ce que ça va faire, c'est défoncer la fente.

Mme V : Ha oui, tu as raison, elle est vraiment trop grosse... On fait comment ?

Mme C : Ben on va appeler E. (collègue masculin) pour qu'il la tire. De toute façon, il faut bien quelqu'un pour la tirer !

Oyà : Krrrr.... Krrrrr.... Krrrrrr... *rigole bêtement cachée derrière son écran*

Le pire, c'est que je ne déforme même pas ! C'est mot pour mot la discussion. A ceux qui se poseraient la question, ces dames parlaient d'une imprimante et de la prise d'alim tout à fait inadaptée ! Quand à ce qui devait absolument être tiré, il s'agissait d'une note de circulation.

Alors oui, j'ai les idées mal placées et j'assume ! Mais suis-je la seule ? Qui d'autre a l'esprit aussi tordu que moi ?

lundi 7 septembre 2009

Fumée

Comme je n'ai pas beaucoup de temps pour écrire en ce moment (l'explication d'ici fin octobre si tout va bien), je vous mets une petite vieillerie. Du recyclage quoi !
Fumée

Au fond de l’âtre
Un mouchoir en papier
Blanc
Sur les cendres
Encore chaudes
Se consume comme un dernier espoir
Les larme qu’il a reçu
S’envolent
En tendre volutes
De fumée et de vapeur d’eau
Puis se dissolvent dans l’air
Douces amères
Les larmes du cœur
Douce amère
La folie de l’attente
Mais le mouchoir
Blanc
Est devenu
Cendre.

lundi 17 août 2009

Bricolages photographiques



Quelques tentatives de bidouillage à partir de la photo "La rose et la vigne". C'est loin d'être au point ...


Moi et photofiltre, c'est une grande histoire d'amour... Alors je ne parle même pas de photoshop !


Clic clic ! pour voir plus grand, et donc voir certains détails ;)




J'ai un faible pour le noir et blanc, et plus particulièrement pour les clichés "crâmés".




En négatif, je trouvais ça marrant :




vendredi 14 août 2009

La rose et la vigne


Un petit poème aujourd'hui qui m'a été inspiré à la fois par une photo et par Alyanne.
(la photo n'a pas encore été retravaillée, mais ça ne saurait tarder)






Le Rose et la Vigne



A toi la Rose
riche de merveilles
d'amour
de compassion
sous ses épines dardées.
Chaque pétale
laissé
sur le bord du chemin
rappelle
aux coeurs blessés
l'espoir
et la beauté.
A moi la Vigne
qui nourrit
et s'enroule
qui se veut soutien
dans ses sarments offerts,
protection
dans ses feuilles déployées.
Aux sarments enroulés
qui se jouent des épines,
aux serments sans un mots
d'éternelle loyauté,
à l'offrande instinctive
au-delà des armures,
versons le vin
partageons les épices
rouges
parfumés.
Au calice de nos âmes,
la douce communion.

vendredi 17 juillet 2009

Volkovitch et Leiris

Le problème avec les exercices d’écriture, c’est que lorsqu’on remet le nez dedans, on y reprend goût très vite…

Du coup en voici un autre, décliné de deux façons différentes, qui m’amuse beaucoup : les définitions.

Comme pré requis, je vous conseille vivement d’avoir lu «Verbier», de Michel Volkovitch et «Langage tangage», de Michel Leiris. D’ailleurs je vous en conseille la lecture même si vous ne voulez pas vous mettre aux exercices d’écriture. Ce sont des lectures très sympathiques !

Bref, revenons-en au sujet ! L’exercice consiste à définir un mot. Jusque là tout va bien, rien de bien ardu. Définir, oui mais, pas n’importe comment…

Première déclinaison de l’exercice, inspirée de M. Volkovitch.
Piochez quelques mots au hasard dans le dictionnaire et tentez de les définir en vous inspirant à la fois de leur sonorité et de leur sens réel. Quand il s’agit de jouer avec les sons, ça m’amuse toujours…

PSALMODIE : Psaume mélodieux qui murmure à l’oreille. Susurrer pour appeler au cœur comme un « pst ! » appelle à l’oreille, et finir en un son rappelant qu’une mélodie parle parfois plus joliment que les mots.
RAFLE : Eraflure, déchirure brutale qui ravit les êtres. Dur R et F appuyé, comme un souffle de tornade qui emporte tout sur son passage.
TRICHERIE : Tromperie. R qui rappellent douloureusement que rien n’était réel, et tout ces i suggèrent qu’on en a rit. Mais chut…
TORTUEUX : Tordu, torturant pour l’esprit. Mot long qui trahit l’effort de compréhension et la longue torsion de l’esprit qui cherche un sens. Une fin longue et descendante, pour finir par l’abandon, la perte dans les méandres.

Seconde déclinaison, inspirée de M. Leiris.

Inventez des mots, et inventez-en les définitions à partir de ce que leurs sonorités vous évoquent. Ne vous préoccupez pas de leur sens réel (surtout qu’ils ne sont pas supposés en avoir un). Votre définition devra être composée de mots ayant des sonorités proches de celles qui composent le mot à définir.

Un petit conseil : faites cet exercice à deux. Inventez des mots pour votre partenaire, qui en fera autant pour vous. Ainsi vous découvrirez les mots au moment de les définir. Si vous inventez les mots vous-même, vous risquez de faire l’exercice à l’envers : penser à une définition, et trouver un mot qui lui convienne. Ce qui n’est pas le but.

ELZÉVIR : Elixir de Zéphir
OUAOUARON : Fanfaron ouaouaffant (oui, j’ai un peu triché sur celle-là en inventant un mot dans la définition aussi)
KROUMIR : Croupir, pourrir, mourir. Finir au fond d’un trou où ne se reflète aucun sourire.
PÉTAURISTE : Pétarade d’artiste

Amusez-vous bien ;)

lundi 13 juillet 2009

De l'art délicat du pastiche


En discutant "atelier d'écriture" jeudi soir, à l'occasion d'une dédicace, j'ai eu envie de me refaire quelques exercices d'écriture. Et en particulier un : le pastiche.

Pour ceux qui ne connaissent pas, l'exercice du pastiche consiste à écrire un texte à la manière d'un auteur donné. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, il ne s'agit pas d'un plagiat : le plagieur cherche à faire passer son texte pour un original de l'auteur copié, alors que le pasticheur cherche à rendre hommage au style d'un auteur en annonçant tout de suite "à la manière de".

Si d'aventure l'exercice vous tente, voici quelques conseils (ceux-là même qu'on m'a donné à mes premiers essais) :

=> Un auteur se pastiche toujours dans sa langue. Essayer de pasticher Edgar Poe en français revient en fait à pasticher Baudelaire.
=> Plus un texte est long, plus il est difficile de tenir un style qui n'est pas le notre jusqu'au bout. Les meilleurs pastiches seront donc souvent les plus courts.
=> Pour pasticher un style, il faut d'abord l'étudier : les thèmes, les lieux, les personnages dont l'auteur est friand sont aussi importants que la façon dont il use de la ponctuation, son registre de langage, son vocabulaire récurent...
=> Enfin choisissez toujours un auteur que vous aimez. Lorsque l'on pastiche un auteur que l'on déteste, on tombe très vite dans la parodie cynique. Or les caricatures font de piètres pastiches...

Pour l'exemple, en voici deux de mon cru. Ils ne sont peut-être pas excellents, mais je me suis bien amusée à les faire ! Et le meilleur moyen de savoir s'ils sont réussis, c'est de ne pas vous dire qui est ici pastiché : à vous de trouver !

Edit : puisque Gabouga râle qu'il n'y a rien à gagner, le premier qui trouve les deux auteurs gagne un paquet de chamalows (ou de bonbons de son choix) !

Premier pastiche :


Monsieur Courteau, peintre de grand talent mais bien piètre médecin, car n’ayant fait que très peu d’études, avait prié un de ses amis, le docteur Théron de venir l’assister auprès de sa femme. A peine arrivé, ce brillant aliéniste s’enquit immédiatement de la santé de Mme Courteau, fort intrigué, à vrai dire, par les motifs qui avaient amené son ami à s’enquérir de l’avis d’un expert en matière de psychiatrie.

Le peintre lui répondit en ces termes : « Mon cher, tu vas te rendre compte par toi-même. D’ailleurs, elle te racontera elle-même les faits. Il m’est impossible de discerner si elle est encore lucide ou bien définitivement emportée par sa folie. » Comme il disait ces mots, ses mains s’étaient mises à trembler, comme entraînées par une irrépressible angoisse. Il conduisit son ami dans la chambre de la malade. Assise dans un fauteuil, près de la fenêtre toute grande ouverte, elle semblait plus pâle encore que les fleurs des pommiers au dehors, et incroyablement amaigrie comme le sont ces patients que les maux de l’esprit rongent de l’intérieur.

Ayant sourit et tourné la tête vers eux, elle dit : « Bonjour Armand, je sais pourquoi vous êtes venu et je vais vous raconter mon histoire puisque François m’en a priée. Il me croit folle. Peut-être le croirez-vous aussi, mais j’en doute, à la lumière de ce que je m’apprête à vous conter. Lorsque j’en aurais fini, il est certain que ni lui ni vous n’aurez plus de doutes, et que vous comprendrez que je suis malheureusement tout à fait saine d’esprit.
Mais je veux commencer par les faits eux-mêmes, les faits dans leur simple vérité.
Cela remonte à 4 mois à peine. Je m’appliquais alors à la taille de mes rosiers, comme il se doit à chaque début de printemps. Je fus prise soudain d’une étrange impression. Il me semblait que quelqu’un m’observait – ou quelque chose peut-être. L’inquiétude me prit, je cherchais des yeux partout, de part et d’autre des haies, quelle pouvait bien être cette présence que je ressentais jusqu’au plus profond de moi. Je ne vis rien. Mais cette épouvantable et inexplicable impression ne me quitta plus de l’après-midi, et même de la nuit, durant laquelle je ne dormis pas. Une sensation indéfinissable m’écrasait la poitrine ; il me semblait que, dans ce lit, nous étions trois.
Au matin, mes craintes étaient dissipées. Je songeais alors qu’une fatigue inhabituelle ou bien une insolation pouvait être cause de mon état de la veille. Je m’attelais donc de nouveau à ma tâche, et entrepris d’en finir avec les rosiers. Ce travail dura quelques heures avant que le malaise ne me reprit. Mais il me reprit bel et bien, et, tout à coup, je sentis deux mains me saisir par les épaules. Je me jetais en avant, fis demi-tour et brandis, tremblante, terrifiée, mon sécateur devant moi ; il n’y avait personne. Ah ! … J’avais peut-être été le jouet d’une hallucination ! Après une insolation et une nuit sans sommeil, cela était des plus concevables. Pourtant j’étais sûre de ce que j’avais ressenti. Je portais alors mes mains à mes épaules, et, à ma grande stupeur, je découvris que ma manche gauche pendait lamentablement, déchirée en lambeaux depuis l’emmanchure jusqu’au poignet.


second pastiche :

Depuis toujours, j'aime observer la vie nocturne. Souvent, alors que le jour vient de se coucher, je m'assieds sur le balcon qui surplombe les allées, le jardin et ses massifs. Et, ainsi pendant des heures, je demeure à contempler le silence et l'obscurité ; ce silence qui en effraye plus d'un mais qui tend plutôt à m'assourdir ; le voile qu'il pose sur toute chose est si épais que mes sens s'aiguisent à leur paroxysme pour percevoir le moindre son : un hululement, un clapotis, le froissement de l'herbe sous les bonds d'un lièvre. Ces perceptions restent imprimées pendant un laps de temps après que le bruit en lui-même ait cessé ; je ne les entends plus réellement mais elles persistent comme ces images lumineuses qui impressionnent la rétine plus longtemps qu'on ne les voit. Puis, le son s'estompe, comme le blanc du cercle chromatique lorsque celui-ci ralentit ; la persistance sonore s'efface, ne laissant plus possible qu'une reconstitution imaginaire des sons ; aussitôt de nouveaux bruits m'assaillent et mon attention se porte sur un nouveau point, plus loin peut-être ou juste à mes pieds, mais peut-être aussi dans une des maisons voisines, qui me semblent comme des objets curieux, posés-là, comme des éléments étrangers à la vie nocturne. Je me demande quel peut-être leur lien avec ce monde de la nuit ; j'entends les voix qui les habitent, fortes ou sereines, comme les composantes d'une mélodie, parlant dans le noir, me dire leur inappartenance à ce monde de silence nocturne où seul celui qui ne fait pas de bruit à ses chances ; Et l'obscurité qui restera reine des lieux jusqu'au petit matin rend plus perceptible le moindre craquement, le froissement des feuilles, les sifflements et les entremêlats du vent dans les branches qui dominent le balcon, le soupir du chat endormit à mes pieds.

vendredi 3 juillet 2009

Oro Diktéon



Comme je n'ai pas envie que les vacances soient finies, je vous emmène y faire un tour ! Avant de revenir aux écrits, je ferais donc quelques sujets "tourisme" sur la Crète. En route !


L'Oro Diktéon

La Crète compte environ 3400 grottes répertoriées, mais l’une des plus belles et des plus impressionnantes est surement celle de Psychro, l’Oro Diktéon.
Située sur le flan du mont Dikté, à 1025 m d’altitude à l’ouest de Psychro, elle surplombe le plateau du Lassithi.


Archéologie :

La grotte se compose de deux chambres.
La chambre supérieure que l’on peut voir sans y entrer est de petite dimension et peu profonde. A son extrémité, on a retrouvé un mur d’enceinte qui déterminait un téménos en partie pavé, ainsi qu’un autel carré, construit en pierre de taille non jointe.

La chambre inférieure est beaucoup plus vaste et on y accède au terme d’une descente à pic de plus de 60m. Au fond, se trouve un lac souterrain, ainsi que plusieurs petites salles ornées de stalactites et de stalagmites. L’une d’elle, juste à droite du lac, particulièrement impressionnante, a été baptisée « le manteau de Zeus ». D’après la mythologie, cette grotte aurait vu la naissance du dieu (j’y reviendrais plus loin).

Les fouilles de la grotte ont été commencées au siècle dernier par l’anglais Hogarth et ne sont toujours pas achevées.Néanmoins, les trouvailles déjà effectuées ont permis de dresser un portrait peu commun de ce lieu. En effet, on y a trouvé des traces du culte de Zeus datant du Minoen Moyen II (soit environ 1800 av. JC) pour les plus anciennes, et de la fin de l’époque archaïque orientalisante pour les plus récentes (soit 600 av JC). Soit un culte qui a perduré sur plus de 1200 ans, ce qui est un fait exceptionnel. D’autant que les objets reliés au culte de Zeus n’ont pas été les seuls retrouvés : des pointes de flèche et des objets de pierre taillée témoignent qu’un autre culte était rendu en ces lieux bien avant. Archéologues et historiens s’accordent à dire qu’il s’agissait probablement d’un culte de fertilité et d’abondance rendue à la Déesse Mère.

Les objets retrouvés sont des ex-voto, on peut les observer au musée d’Héraklion ou dans celui d’Oxford. Une grosse partie se compose d’idole de bronze, représentant les fidèles en prière (une façon d’être toujours sur les lieux du culte), mais on a également retrouvé des couteaux, des épées, des poignards, des céramiques, des objets de toilette, des pièces de tissus ou des bijoux, ainsi que de très nombreuse représentation de la double hache crétoise en or ou en bronze. Cette hache n’était pas une arme, mais l’outil de base des crétois. Elle représente donc un vœu de prospérité et non un vœu de victoire guerrière.


Mythologie : La naissance de Zeus

Rhéa, fille de Gaïa (la Terre) et d’Ouranos (le Ciel), était l’épouse de Chronos, dieu du Temps et premier roi des dieux. Elle porta de nombreux enfants de cette union : Déméter, Hadès, Hestia, Héra, Poséïdon et enfin Zeus. Mais on avait annoncé à Chronos que son fils le tuerait et le détrônerait, aussi celui-ci dévorait chacun de ses enfants dès sa naissance, espérant ainsi modifier son destin.
Lorsque Rhéa fût près d’accoucher de Zeus, elle implora l’aide de ses parents, pour protéger son enfant et pour sa vengeance. Gaïa, dont la colère envers Chronos n’avait d’égale que celle de sa fille, emporta l’enfant dès sa naissance pour le soustraire à son père. Elle le cacha dans une grotte, l’Oro Diktéon, afin qu’il grandisse en sécurité. Pendant ce temps, Rhéa présenta à Chronos une pierre enroulée dans un linge que le dieu avala, la prenant pour son fils.

« Hésiode, Théogonie, 468-491.
Mais vint le jour où Rhéa allait mettre au monde Zeus, père des dieux et des hommes ; elle suppliait alors ses parents, Terre et Ciel étoilé, de concevoir avec elle une ruse (mh'tin) qui lui permît d'enfanter son fils en cachette et de faire payer la dette due aux Érinyes de son père et de tous ses enfants avalés1 par le grand Cronos aux pensées fourbes. Eux, écoutant et exauçant leur fille, lui révélèrent ce qui était imparti par avance au roi Cronos et à son fils au cœur farouche. Ils la menèrent à Lyctos, au gras pays de Crète, le jour où elle devait enfanter le dernier de ses fils, le grand Zeus. Et la terre géante le prit pour le nourrir dans la vaste Crète. L'emportant donc à la faveur des ombres de la Nuit rapide, elle atteignit les premières hauteurs du Dictos, et de ses mains, le cacha au creux d'un antre inaccessible, dans les profondeurs secrètes de la Terre divine, aux flancs du mont Agéon, que recouvrent des bois épais. Puis, entourant de langes une grosse pierre, elle la remit au puissant seigneur, fils de Ciel, premier roi des dieux, qui la saisit dans sa main et l'engloutit dans son ventre, le malheureux, sans que son cœur se doutât (oujdæ ejnovhse metafresin) que, pour plus tard, à la place de cette pierre subsisterait son fils, invincible et sans souci, qui devait bientôt, après l'avoir dompté par sa force de ses mains, le dépouiller de ses prérogatives (timês exeláein) et régner parmi les immortels. »

Arrivé à ce stade, on trouve deux variantes de l’histoire. Selon la première, Zeus aurait été élevé par la chèvre nymphe Amalthée, fille de l’Océan. Devenu adulte, Zeus la placera parmi les étoiles en gage de reconnaissance (c’est le Capricorne).
Selon une autre source, Zeus est élevé par deux nymphes, Adrastéia et Idè, Amalthée n’apportant que son lait dans cette version, et protégé par les Courètes. Ces derniers, inventeurs et dispenseurs de savoir divin, en armes, frappaient leur javelot sur leur bouclier, dansant, criant et jouant du tambour autour du jeune Zeus. Ils masquaient ainsi les pleurs de l’enfant pour que son père ne les entende pas. On retrouve là les éléments des danses orgiaques.
Ainsi grandit Zeus, jusqu’à ce qu’il défie Chronos et le tue, libérant par là même ses frères et sœurs.

« Apollodore 1, 1, 6 - 2, 1 Rhéa, furieuse de ces actes, se rend en Crète quand elle se trouve enceinte de Zeus, et elle met Zeus au monde dans une grotte du mont Dicté. Elle le donne à élever aux Courètes et aux filles de Melisseus, les Nymphes Adrasteia et Idè. Celles-ci nourrissaient l'enfant avec le lait d'Amalthée, tandis que les Courètes, en armes, gardaient le nourrisson dans la grotte et choquaient leurs lances contre leurs boucliers pour que Cronos n'entende pas la voix de l'enfant. Rhéa, ayant emmailloté une pierre, la donna à avaler à Cronos comme si c'était le nouveau-né.Lorsque Zeus fut devenu adulte, il prend comme complice Mètis, la fille d'Océan, et celle-ci fait avaler à Cronos une drogue qui l'oblige à vomir d'abord la pierre et ensuite les enfants qu'il avait avalés. Avec eux, Zeus mena la guerre contre Cronos et les Titans. Comme ils se battaient depuis dix ans, Gè prophétisa à Zeus la victoire, s'ils prenaient pour alliés ceux qui avaient été jetés dans le Tartare. Il tua Campè qui surveillait leur prison, et les délivra.. Les Cyclopes donnent alors à Zeus le tonnerre, l'éclair et la foudre, à Pluton le casque et à Poséidon le trident. Munis de ces armes, ils triomphent des Titans (…). Ils se partagent le pouvoir par tirage au sort. Zeus obtient la souveraineté sur le Ciel, Poséidon sur la mer et Pluton sur le séjour d'Hadès. »


Et maintenant, les photos ! Celles marquées d'un * ne sont pas de moi, ce sont des cartes postales. Les couleurs parfois surprenantes sont dues à la prise de vue en mode "nocturne". Et comme toujours : on clique sur la photo si on veut la voir en plus grand !





























dimanche 7 juin 2009

Le temps d'Aimée



Quand on écrit une histoire longue, comme un roman par exemple, le plus dur est de commencer. Enfin je trouve, après chacun son opinion !
L'histoire qui suit en est l'exemple flagrant : il y a au moins quatre ans que j'aurais dû commencer à l'écrire... Comme on dit, mieux vaut tard que jamais !
Pour vous situer un peu le contexte, l'histoire n'est pas de moi à 100%. Il s'agit d'une co-écriture avec mon père. Donc comme le scénario lui appartient, je ne vais pas vous le dévoiler ici, ou en tous cas pas pour le moment. Mais en avant goût, voici ce qui sera probablement l'ouverture du roman.
Pour le moment, le texte est "brut de décoffrage". Je n'ai pas du tout retravaillé dessus, il faut d'abord qu'il décante.

Ha... Et avant qu'on me pose la question, oui, les références sont voulues (je pense que tous le mondes saura les repérer, elles sont grosses comme des maisons), et non, il n'y a pas de faute dans le titre, c'est un prénom, pas le verbe.

Colin remonta son col aussi haut qu'il pût. Finalement, attendre la fin de l'averse pour quitter le monastère n'avait pas été sa meilleure idée : la pluie n'avait cessé que bien après la tombée du jour. A présent, l'air froid de mars, saturé d'humidité, se glissait dans les moindres ouvertures de ses vêtements pour le glacer jusqu'aux os. Jugeant son combat contre la bise parisienne perdu d'avance, le jeune homme préféra fixer son esprit sur l'observation de la ville que sur les frissons qui lui crispaient le dos.
A 21h passé, et contrairement aux grands axes, les ruelles de la Cité perdaient peu à peu de leur agitation. Maintenant qu'il avait passé le pont de l'Archevêché et qu'il voyait se profiler au bout de la rue celui de St Louis, il pouvait s'abandonner au calme relatif de la vieille ville. Négligeant le froid, il ralentit le pas et inspira profondément. Il aimait particulièrement l'atmosphère qui se dégageait de ces lieux. Les hautes maisons anciennes, les trottoirs mouillés brillant sous les réverbères, les sons étouffés s'échappant des appartements, parfois en compagnie d'un parfum de cuisine... Figées dans leurs reflets de lumière, les deux îles semblaient suspendues hors du temps, comme bloquées dans l'espace entre deux instants. Colin retrouvait au cœur de Paris l'ambiance doucement mélancolique des Romantiques. Lui-même, avec sa redingote noire au col relevé, son teint pâle et ses cheveux sombres aux boucles volontairement laissées à leur indiscipline, semblait échappé d'un de ces romans du XIXè, image vivante de cette littérature qu'il chérissait tant. Souriant pour lui-même, il poursuivit son chemin, usant de ses détours habituels afin d'éviter les rues les plus passantes. En grand habitué de la solitude, Colin détestait la foule. Il préférait de très loin rallonger son parcours, malgré la pluie qui s'offrait un rappel, et ainsi pouvoir laisser son esprit vagabonder sans risquer de percuter un quidam à chaque pas. Il laissait donc volontiers les boulevards aux citadins pressés de retrouver leur foyer, se réservant les ruelles sombres grignotées par la lumière des réverbères.

Au bout d'une petite demi-heure de ballade, Colin poussa la porte du bistrot situé au rez-de-chaussée de son studio. Une bouffée d'air chaud, où se mêlaient des odeurs de café, de tabac et de mauvais alcool l'accueillit sur le seuil. Se débarrassant de son pardessus mouillé, il salua le garçon de salle d'un mouvement de tête et s'avança vers le comptoir où le patron vidait les cendriers qui ne tarderaient pas à se remplir de nouveau.
-"Bonsoir Bruno."
Pendant que Colin s'appropriait le tabouret le plus proche, le bistrotier posa d'autorité devant lui deux petits verres d'un alcool sombre.
-"Salut M'sieur Ravi !" Salua-t-il avant d'ajouter, désignant les verres du menton : "Contre le froid. Santé !"
Joignant le geste à la parole, Bruno se saisit d'un verre, trinqua avec son ami et avala le liquide en renversant la tête d'un geste exagéré. Colin sourit à son exubérance mais porta néanmoins le verre à ses lèvres, avec toutefois beaucoup plus de réserve et de délicatesse.
-"Rhâaaaaaa !" Le patron ponctua son exclamation d'un claquement de langue avant de reposer son verre sur le zinc. Son client en revanche se montra moins appréciateur et reposa le sien avec une grimace.
-"Avec un tord boyau pareil, ce n'est pas un bistrot parisien que tu devrais tenir, c'est un saloon..."
"Je n'ai pas vraiment l'étoffe d'un cow-boy" ajouta-t-il avec un clin d’œil.
Bruno se fendit d'un grand rire avant de s'enquérir :
-"tu as faim ? Je t'ai gardé une assiette."
-"Merci c'est gentil."
Il s'éclipsa quelques minutes en cuisine pour revenir les mains chargées d'une généreuse assiette de blanquette de veau et d'une corbeille de pain. Avec la rapidité de l'habitude, il disposa, à même le comptoir, couverts pitance et cruchon de vin, avant d'inviter son ami à manger.
-"Alors, tu t'en sorts avec tes curés ?"
Colin pris le temps de boire une longue gorgée de vin avant de répondre.
-"Moines. Ce sont des moines."
-"Si tu l'dis. Alors ?"
-"Plutôt bien : je ne les vois jamais ou presque. En dehors du Père supérieur et du responsable de la bibliothèque, les autres je les vois juste passer devant les fenêtres de l'atelier."
-"Et les bouquins ?"
Colin réprima un soupir mais ne pût s'empêcher de lever les yeux au ciel. Bruno avait beau être son ami depuis plus de 20 ans, il ne se faisait toujours pas à l'entendre traiter de bouquin les livres inestimables qui lui passaient entre les mains.
"Magnifiques. La plus grosse partie du fond date du moyen âge. En fait de la fondation de l'abbaye. Ca rend la restauration plus difficile, mais d'autant plus intéressante..."
Il s'apprêtait à donner plus de détails lorsque quatre clients entrèrent. Bruno retourna donc à son travail et Colin à sa blanquette.

mercredi 27 mai 2009

Le paysage normal


Comme j'en ai parlé dans les commentaires, voici un autre poème sur le même thème que le précédent. Je n'ai pas retravaillé dessus et je ne l'apprécie pas particulièrement, mais comme il a été écrit directemment à la suite d'AssaSaint, il me semblait logique de le poster dans la continuité.


En me relisant 10 ans après, je réalise à quel point l'influence de Prévert était palpable dans mes textes. Non qu'elle ait disparue aujourd'hui (loin s'en faut) , mais disons qu'elle s'est mélangée à d'autres et, je l'espère, à mon propre style.

Le paysage normal

Il y a des trous dans la terre
Et dans les trous des restes de fer
Et sur le fer des restes de sang
Ce sont les morceaux des obus qui sont tombés
C'est le sang des hommes qui sont tombés
Qui sont tombés comme les obus
Qui sont tombés sous les obus.

Il y a des arbres sur la terre
Il y a des arbres par terre
Des arbres brûlés comme les traités de paix dans les
cheminées
Il y a un grand feu sur la terre
Un feu de bois et d'acier.

Il y a des maisons sur la terre
Des maisons avec des trous dans les murs
Des trous comme dans la terre
Et des murs par terre
Et de maisons sans murs qui traînent par terre.

Il y a de l'eau sur la terre
De l'eau qui coule vers l'océan
Qui coule sur les morts et sur les mourants
L'eau rouge du sang des morts
Et l'eau bleue des larmes des mourants.

Il y a un enfant qui court sur la terre
Il y a un enfant qui court dans la guerre
Qui court sur l'eau bleue
Qui court sur l'eau rouge
Qui court sur les trous dans la terre
Sur les trous dans les murs
Sur les maisons cassées
Sur les obus
Qui court sur les morts et sur les mourants

Il y avait un enfant qui courait dans la guerre.

mardi 19 mai 2009

AssaSaint


Aller, il est temps de s'y remettre maintenant que je peux de nouveau taper avec tous mes doigts !

En attendant la suite de "Comptabilité" et le prochain coin du bouquin, voici un petit poème. Il n'est pas récent, il date de 1998 (ouf... Je viens de prendre un coup de vieux là), mais j'ai eu envie de le retravailler un peu récemment. Donc voici le "remix" !

Pour resituer un peu le contexte d'écriture (c'est souvent important dans mes poèmes) : on est en 1998, et à l'époque, mon livre de chevet c'est Paroles, de Prévert. A la télé, on ne parle que des massacres de villages entiers en Algérie.

AssaSaint
"Aime ton prochain"
A-t-il dit.
Ils l'ont tous dit.
Dans un coin de l'univers
Il y a une planète bleue
Une planète qui s'appelle la terre
Et sur cette terre
On aime dans le sang.
Il lui a dit qu'il l'aimait
Et la lame a tranché
A tranché dans le vif
Le vif fil de la vie
Qui n'avait rien demandé à personne
Qui n'embêtait ni les hommes
Ni les Saints et leurs assassins
Le vif fil de la vie
Plus souvent mort que vif
Lorsque les assaSaints s'en mêlent
"Aime ton prochain"
Ont-ils dit.
Curieuse façon d'aimer.

vendredi 24 avril 2009

Le coin du bouquin : L'Ange du Chaos

… de temps en temps le vendredi on se faisait un "coin du bouquin" ?
Traduction, et si de temps en temps le vendredi, je vous parlais un peu d’un livre ou d’un auteur qui m’a emballée ? Histoire de vous faire partager un peu mes influences et mes coups de cœur.

Pourquoi vendredi me direz-vous ? Bonne question… Disons que le lundi c’est ravioli, le mardi c’est permis, le mercredi c’est le jour des enfants et le jeudi c’est le retour (oui, le retour du jedi)… Hem, désolée pour les jeux de mots et les références à deux balles, on va mettre ça sur le compte de la fin de semaine ! Plus sérieusement, disons vendredi parce que aujourd’hui c’est vendredi justement, et que c’est maintenant que j’y pense. Donc allons-y, lançons cette nouvelle rubrique : Le coin du bouquin !

Soyons bien clair, il ne s’agit pas d’une critique littéraire. Je ne vais pas m’étendre sur le style, sur la forme d’une œuvre, ce n’est pas le but. Mon but serait plutôt de dire « j’ai adoré » en ajoutant « si ça vous dit, allez le lire ! ». Presque une petite pub… Pour cette première édition, j’hésitais entre deux sagas. L’une en BD, l’autre en roman. Commençons par le roman, je vous parlerai de la BD plus tard.
Ça n’est pas une nouveauté, alors certains d’entre vous connaissent peut-être déjà !

La pentalogie (5 tomes) : L’Agent des Ombres, par Michel Robert, Ed. Mnémos.
Bon pentalogie, c’est assez laid comme mot, alors on va dire saga en 5 volumes, articulés comme ceci :

1. L’ange du Chaos


2. Cœur de Loki

3. Sang-Pitié


4. Hors Destin


5. Belle de Mort


On peut maintenant y ajouter un spin-off : Gueritarish. Mais je passerais ce volume sous silence pour la simple et bonne raison qu’il attend sagement sur mon étagère que je sois en vacances pour être dûment savouré !
Bref, pour ceux qui ne connaissent pas du tout Michel Robert, c’est un ancien sportif de haut niveau, reconverti dans l’écriture. Et quelle reconversion ! Il n’est pas donné à tout le monde de prendre la suite de Pierre Grimbert (pour les deuxième et troisième volets de la Malerune).


Mais revenons-en à l’Agent des Ombres. Voilà de la fantasy comme je l’aime ! Sombre, anti-manichéenne au possible, empreinte de violence, d’amoralité et d’érotisme…
Ici, point de carte en début de roman. Pas non plus de méchant contre gentil, noir contre blanc, etc… Chaque personnage a sa part d’ombre, ses petits secrets sordides, sa dose de folie plus ou moins enfouie en lui, dans un monde où trois grandes puissances s’affrontent en permanence. La Lumière, les Ténèbres et le Chaos. Et au milieu, les Territoires Francs qui tente de survivre aux incessantes rivalités de pouvoir entre les trois.

Je ne vais pas vous raconter l’histoire, ce serait bien dommage de ne pas la découvrir par vous-même. Mais ne vous attendez pas à de grandes batailles, on n’est pas chez Tolkien. Pas de grande quête héroïque pour sauver le monde, on n’est pas chez Edding non plus ! Ici, le monde (ou plutôt les mondes) ne sont que luttes de pouvoirs, manœuvres politiques, espionnage, meurtres et manipulations diverses à grand coup de sexe et de drogues. S’il n’y avait un filigrane de magie et de prophétie, on en oublierait presque qu’il s’agit de fantasy. Presque.

Et comme dans toute saga de fantasy qui se respecte, le tout est porté par un héros comme on les aime…
Enfin comme moi je les aime, plutôt : Celhendyl de CortaÇa n’est pas un « gentil », ça n’est pas vraiment un « méchant » non plus, en même temps, aucun des deux ne se prêterait à l’ambiance des romans. Disons qu’il est entre les deux. Le personnage est plutôt glacial au premier abord : peu bavard, encore moins sociable et franchement caractériel. Et la liste de ses défauts ne s’arrête pas là : rancunier, un brin cruel et sadique sur les bords, têtu comme une brique… Mais un charisme d’enfer ! Le genre de personnage sur lequel on se surprend à fantasmer (ne me dites pas que je suis la seule à fantasmer sur les héros des bouquins, je ne vous croirais pas) ! Combattant et espion d’élite au service du Chaos, il se retrouve plongé au cœur des méandres politiques les plus sordides. Les diverses manipulations de Morion du Chaos (son supérieur) vont lui permettre au fur et à mesure des 5 volets d’accéder à sa vengeance et à sa destinée, en partie grace à une dague douée de sa propre conscience.


Hummm… Une dague douée de sa propre conscience et qui semble boire les âmes et le sang de ses victimes… Ça ne vous rappelle pas quelque chose ? Bon, en même temps, si on doit lister tous les héros inspirés d’Elric, la liste risque d’être très très longue. C’est qu’il en a laissé des traces dans la littérature celui-là ! Et pas que dans la littérature, jusque dans les jeux vidéo.
Pour en revenir au sujet, Celhendyl semble s’inspirer d’Elric mais sans jamais tomber dans la copie conforme ou la caricature. Juste ce qu’il faut pour l’hommage, en fait : une arme « pensante » et une certaine tendance aux rapports catastrophiques avec la gente féminine… Mais ça, je vous laisse le découvrir !


Voilà, pour une première édition, c’est un peu décousu (c’est rien de le dire). J’avoue que je ne suis pas coutumière de l’exercice. J’espère quand même avoir donné à un ou deux d’entre vous l’envie d’aller lire cette saga, qui est vraiment géniale.

Bon week-end à tous !

vendredi 17 avril 2009

Visuel


Un petit post avant le week-end, mais pas d'écriture aujourd'hui. Depuis quelques jours je tente (je sue sang et eau devrais-je plutôt dire) de trouver une visuel pour ce blog.

Traduction : j'essaie de dessiner la guêpe. (clique pour voir plus grand)

Alors je ne cherche pas à faire du grand art ou a transformer ce blog en blog-BD. Je laisse ça à ceux qui ont du talent pour le faire (aller donc voir à gauche dans les liens pour prendre votre dose de talent quotidienne !).

Je veux juste arriver à créer un petit personnage, assez facile à croquer. D'une part parce que je ne suis vraiment pas douée, d'autre part parce que je suis une grande flemmarde, donc il faut que je puisse la dessiner assez vite, sans m'arracher les cheveux.

Donc voilà, après pas mal d'essais assez... heu... comment dire... particuliers (pour être positif !), voici le moins moche du lot. Juste pour vous donner une idée de ce que sera l'image de la guêpe quand j'aurais réussi à en faire quelque chose de potable. D'ailleurs, n'hésitez pas à critiquer, ça ne peut que m'aider à mieux la dessiner !

En attendant, bon week-end à tous ! Allez finir vos oeufs de pâques, je suis sûre qu'il vous en reste !!!

vendredi 10 avril 2009

Folie

Aller, un petit poème avant le week-end.

Celui-là est assez vieux. Pour remettre dans le contexte, il m'avait été inspiré par les yeux d'un ami. C'était dans un moment de grande détresse pour lui, et je me souviens encore de mon sentiment d'impuissance devant son regard. Un regard dans lequel la douleur avait des reflets de folie...

Noyade


Ce matin un ange m’a regardé.
Dans ses yeux
Un reste de paradis
Perdu
Calciné.
Dans l’ambre folle,
Voilée de larmes,
Une fée a remplit l’évier,
S’est baignée le bout des pieds.
Un éclat de rire
Au milieux des lueurs orangées,
La fée s’est laissée
Glisser
Au fond de l’évier.
Sourire aux lèvres
Sourire carnassier.
Elle s’est laissée
Noyer
Au fond de l’évier.
Sous des mètres
Et des mètres d’eau.
Puis les cils se sont baissés,
Et à la remontée,
L’ambre soudain limpide et cruelle,
Bouillon de folie
A coulée dans mes veines.
Une fumée s’élève sur mon monde de fées.
Vous ne viendrez plus casser mes jouets
Je viens de les noyer.
Dans le cendrier
Seule
Une cigarette s’est éteinte
Sous des mètres
Et des mètres
D’eau.

vendredi 13 mars 2009

Quart d'heure de déprime annuel

Comme le titre l'indique, voilà mon quart d'heure de déprime annuel... Bon juste un quart d'heure, parce qu'après, c'est chiant ! 

Sombre zone

Etoile morte
Déchue
Laissée là
Inerte
Seule
Parmi les hautes herbes
Parmi les hautes espérances
Les folles incandescences
Des âmes souillées
Noyées
Dans leurs océans
D’espoir.
Dernière lueur
Des âmes
Noires.
Elle est tombée
Ce soir.
Elle s’est éteinte.
Fugace impression de déjà vu.
Dans l’évanescente
Poussière de lune,
Elle est tombée ;
Etoile morte
Et noire,
Toute
Petite
Perle
Tombée dans un marécage.
Comme les autres.
Toutes.
Dans ce ciel,
Aucune étoile
Ne survie longtemps.
Grains de folie douce,
Trop petits
Pour gêner l’engrenage,
Trop petites,
Les étoiles,
Broyés,
Les grains d’espoir.
Mes propres étoiles
Propres espoirs,
Comme des défis au temps,
Mais rendus
Poussière
Rendus
Néant
Par la machine
Toujours

De mon temps
Qui avance …

vendredi 6 mars 2009

Un rattage amusant


Une petite photo avant le week-end ...



Bon alors ce n'est pas, mais alors pas du tout, ce que je voulais faire... Mais comme je trouve le résultat amusant et presque joli (presque), je vous en fais profiter ;)

Bon week-end !

mercredi 11 février 2009

Boucles et jeux de mots


Parmi les auteurs que j'aime particulièrement, et qui donc influencent mon écriture, il y a Prévert.

Et l'une des choses qui me fascine le plus dans son écriture, c'est son art de faire des boucles. Il part d'un point, souvent un jeu de mots, développe, divague, mais revient toujours à son point de départ. Un peu comme le jeu de la marelle : il saute à cloche pied de formule en formule, et fini par retomber sur celle du départ.

Cette figure de style porte sûrement un nom en littérature, mais je ne le connais pas. Je me contente d'apprécier l'effet ! Et à l'occasion, d'essayer d'adapter, à ma sauce, ce procéder rhétorique. Avec plus ou moins de réussite !

Vole au vent, la vie
Vole au vent, l'enfant
Ta vie est finie
Cesse de faire l'enfant
Et viens jouer à la mort
Jouer
Comme les enfants jouent à la vie
Quand l'enfance est finie
Et quand la vie fait l'enfant
Elle joue les enfants
Au petit bonheur la chance
A la chance de leur vie
A la vie à la mort
Mais les enfants trichent
Et la vie se met en colère
Et les congédie.
Alors les enfants courent en adultes
Baiser la main de la mort.
Ainsi va la vie
Ainsi meurt l'enfant
Ainsi va la vie
Vole au vent, l'enfant.

vendredi 30 janvier 2009

Une bière ?

Comme je n'ai pas trop le temps de taper ces derniers jours (j'écris avec du papier et un crayon de bois), un autre poème. Un peu différent.


Tête à tête avec une bière
Quel silence
Quel vide nous emporte
Toi et moi
Comme une valse sans mot
Sans note
Chavire dans ma tête
L’image d’une lente pourriture
Et dans l’odeur fétide
Tourne
Tourne
Tourne ma tête
Et meurent mes rêves sur le carrelage
Dans mes mains si fraîche
Toi
Regarde-moi
Prend-moi dans tes bras
Enivre-moi
Je veux m’anéantir
Me vider de toute vie
Quand tu te vide de tous liquides
Et quand il n’y aura plus rien
Que nos deux enveloppes vides
Sans âme
Sans rêve
Entrer en toi
Me mouler dans le verre
Et en silence
Nous jeter à la mer.

mercredi 28 janvier 2009

Dernier jour


Un petit poème que m'avait inspirer un débat sur la peine de mort.

Bon c'est un peu une vieillerie, mais tant pis !

Dernier Jour


Ca y est
Elle s'est éteinte
C'était la dernière étoile
Bientôt ce sera l'aube
Il sera cinq heure
C'était ma dernière étoile.
C'est drôle
J'ai tué
Et on va me tuer
Curieuse justice
Curieux cercle
On va tuer le tueur
Mais qui tuera le tueur du tueur
Et le tueur du tueur du tueur
Et ainsi de suite.
Personne
Tout le monde
Je ne sais pas.
C'était ma dernière étoile.

vendredi 23 janvier 2009

Coup de gueule


Aujourd'hui, pas de nouveau texte, mais plutôt un gros coup de gueule !

Comme bien d'autres gens, je développe une sorte d'allergie aux centres commerciaux, galeries marchandes et magasins en général. Moins j'y vais, mieux je me porte. Et pour palier, je réalise le maximum de mes achats sur le net.
Rien de bien original me direz-vous. Et vous aurez raison !

Là où les choses se gâtent, c'est que pour acheter sur internet, il vous faut laisser, à des marchands plus ou moins dignes de confiance, vos coordonnées complètes : nom, prénom, adresse, et même un numéro de téléphone pour vous joindre en cas de problème. Toutes ces informations sont officiellement confidentielles, et les sites vous promettent la plus grande discrétion à grand renfort de déclarations rassurantes.
"Nous respectons la confiance que vous nous portez !"... Mouais... Ca c'est la version officielle...

Mais bon, faute de mieux, et décidément pas décidée à affronter la librairie à la sortie du boulot, je me contente de leur charte de confidentialité. Bien sûr, je ne suis pas naïve (enfin pas à ce point) et j'ai bien conscience devant la foule de spams qui inondent ma boite mail que les marchands se revendent les fichiers entre eux. Ce qui m'amène (enfin) au vif du sujet :

Dans ma grande crédulité, j'avais imaginé (sotte que je suis !) que la pratique se limitait aux marchands de tous poils ... Erreur grave !
Quelle ne fût pas ma surprise hier, d'être contactée par mes trèèèès cher amis... Les Témoins de Jéhova !!! Et ce sur mon portable et sur mes heures de travail.
Merveilleux ! J'en rêvais justement l'autre nuit !

Bon, c'est évident, j'ai raccroché après une bordée d'injures... Oui, la seule fois où j'ai voulu être tolérante avec eux, je me suis entendue dire "on devrait vous brûler !"... Donc forcément, maintenant je suis moins tolérante, et beaucoup plus grossière.
Bref, tout ça pour dire qu'il semblerait que certains marchands peu scrupuleux (pléonasme ?) revendent leurs fichiers clients à des sectes. Je trouve le procédé pour le moins discutable... Voir franchement outrageant ! A quand une revente des fichiers au FN, ou à des groupe néo-nazis ?

Hier c'était "je vous appelle pour vous parler de la parole divine.". Demain "bonjour, vous ne voulez pas venir profaner des cimetières avec nous ? Non, parce que le cimetière juif, là-bas au bout de la rue, il fait désordre..." ????? Où va-t-on ma bonne dame...

Pour ceux qui ont vu "Trémors 2" (c'est une référence de merde, je sais), je me ferais bien ma propre version de la pêche à la dynamite...
Edit : Petite précision, mon téléphone fixe est sur liste rouge et pour mon portable, je ne suis pas sur l'annuaire proposé par l'opérateur. Il n'y a donc bien que par un rachat de fichier que mon numéro pouvait arriver entre leurs mains ...

jeudi 22 janvier 2009

Plume

Bienvenue à tous dans l’incubateur ! Enfin tous, c’est un bien grand mot… Pour le moment, il est fort probable qu’il n’y ait que moi…

Comme il faut bien commencer quelque part, voici un premier texte : Plume

Pour situer un peu, le texte fera partie à terme d’un tout, à mi-chemin entre le roman et le recueil de nouvelles. Disons une histoire vécue par flash de mémoire. L’ensemble de ces flash s’appelle (ou plutôt s’appellera) : « mémoires d’un bistrotier ».

Ce flash n’est pas le début de l’histoire, il se situe au milieu. Mais plutôt que de mettre les textes dans l’ordre du déroulement, je préfère les mettre dans l’ordre de l’écriture. Et comme nous sommes dans l’incubateur, ce n’est évidemment pas une version finale ;) !

Bonne lecture !




Plume

Comme toujours, tu es là ; comme chaque soir, immobile et droit devant la boiserie du café. De derrière mon comptoir, je t’observe. Depuis plusieurs années, maintenant. Et sans avoir jamais eu de ta part plus de quelques mots, je te connais. Toujours la même veste habillée, la même chemise bien repassée, toujours le buste bien droit, une main dans ta poche, et l’autre, reposée sur tes genoux, qui vient de temps en temps saisir le café-calva posé devant toi. C’est indéfiniment la même scène que l’on joue pendant des heures. Tu reste là, immobile, observant chaque personnage qui entre sur ta scène, déchiffrant dans leurs gestes le moindre de leurs traits, noyant ta solitude dans leur bruit. Toujours la même rêverie, les même souvenir qui t’emportent, toujours le même regard vitreux quand la réalité laisse doucement la place à la mémoire. Depuis combien de temps est-elle partie ? Je ne saurais le dire. Mais toi, tu connais sûrement, et des jours et des heures, le nombre accumulé.
Tu n’entrais jamais avec elle au café, je vous voyais simplement passer. Vous sembliez si différent et en même temps si inconcevable l’un sans l’autre. Elle, évanescente, passait comme si l’air l’eu portée plus que ses jambes. Toi, comme aujourd’hui, droit, la tête haute, toute la tenue et la prestance d’un homme de bonne famille, mais souriant à sa légèreté, à son air absent, parfois triste. Je vous voyais passer, chaque jour, et tu semblais heureux.
Mais depuis, le nombre des clients qui défilent devant toi, leurs silhouettes qui peuplent ton ennui ne suffisent pas à combler le vide qu’elle a laissé. Alors tu restes là, immobile, le buste droit et la tête haute, comme lorsqu’elle était à ton bras, si semblable chaque soir que l’on te croirait peint sur la boiserie, et tu observes. Ce rire ressemble au sien, ces yeux, cette démarche, cette robe … Ton corps est immobile, ton attitude toujours la même, mais ta pensée joue les sauterelles, sautant de détails en détails, jusqu’à ce que l’un d’eux te fasse basculer. De derrière mon comptoir, je t’observe, je te connais, je sais que ce soir comme chaque soir, tu vas te souvenir. Et ce soir comme chaque soir, tu ne finiras pas ta tasse. Quand le café sera vide tu quitteras ta place comme une statue qui prend vie, laissant dans la tasse, sur la table, un fond de café-calva froid. Quel est le détail qui ce soir déclenchera tout ? Un rire, la couleur d’une robe, un mot saisi au hasard d’une conversation à la table voisine ? Je ne sais pas. Et comme je m’interroge, une femme entre, blonde, rondelette, rien à voir avec elle : une silhouette insignifiante perdue sous un chapeau à plume. Et pourtant, elle passe devant toi, tu suis des yeux son chapeau, les plumes qui volètent dans le courant d’air de la porte. Je t’observe. Tes yeux se voilent, c’est le signe, tu te souviens …
Je me souviens … Plume, ma petite plume … Si blanche, comme le duvet des cygnes, tu avais l’air si fragile. Tu avais beau user de fard sur tes joues et de rouge à tes lèvres, cela ne rendait ta pâleur que plus troublante encore sous tes cheveux noirs. Plume … Tu portais bien ce surnom. Si fine, si légère, on aurait dit que le vent seul imprimait tes gestes. J’observais souvent tes longues mains blanches se poser sur les objets. Comme une plume qui tombe dans un air calme, tes doigts et les bords de ta paume semblaient se relever, comme soulevés par la densité de l’air lors de la descente, et c’est le haut de ta paume qui le premier touchait l’objet, puis glissait tout le long avant que tes doigts ne se referment dessus. La chute aérienne d’une plume, échappée d’un édredon ou abandonnée en plein vol par quelque oiseau pressé. Les gens s’étonnaient toujours de celle fluidité, de cette légèreté dont tout ton corps était empreint. Moi, elle me fascinait. Je te trouvais si belle avec ta pâleur et ton air absent, rêveur … Cet air que beaucoup trouvaient triste. Peut-être.
Je me souviens, souvent nous marchions, pendant des heures, sans jamais échanger ne serait-ce que quelques mots. Côte à côte, nous passions, tu avais cet air absent, mystérieux des rêveurs et tu semblais marcher sur un fil suspendu entre le ciel et la terre. Si légère à côté de moi, je ne sentais pas plus que celui de l’air le poids de ta main au creux de mon bras, mais te savais pourtant là, en silence, près de moi. Ma Plume … C’était chaque jour, chaque fois le même chemin, les mêmes gestes. Nous descendions l’allée, jusqu’à ce que ta main s’élève, puis retombe pour venir abaisser la poignée du portail. Et puis c’était la rue, les regards intrigués des passants. Une femme aussi pâle, et qui portait la cravate … Etrange. Leur curiosité ne s’est jamais éteinte. Mais leurs regards n’ont jamais appesanti tes pas. Tu marchais, toujours légère et silencieuse, entre les grandes maisons à colombages. Je sentais ta présence et elle me faisait sourire, elle me rendait heureux. Nous marchions, comme nous vivions, sans heurt, sans cri, bercés par le calme et le mystère de nos silences …
Avant le parc, nous passions devant le café. Le patron nous saluait, de derrière sa vitre, de derrière son comptoir. Et puis, il y avait le parc, l’étang, les oiseaux. Aucune fleur n’était si blanche que toi, je crois ; aucune n’était si belle non plus. Nous restions des heures, assis sur le banc, sans rien dire, sans échanger une parole, comblés de nos seules présences. Et chaque fois qu’une plume passait sur la surface, une de ces plumes blanches que perdent de temps à autre les cygnes, je souriais, songeant à ta présence près de moi, sur ce banc. Comme si chaque plume n’était qu’un miroir empreint d’un reflet persistant, le tien. De temps en temps, je te regardais. Tu avais toujours cet air calme, impassible, un peu triste qu’on les rêveurs. Qu’y avait-il dans ta tête, à quoi songeais-tu dans ces moments là ? Je ne l’ai jamais su, comme je ne t’ai jamais vue sourire vraiment. Ma Plume, tu étais insaisissable, filante, irréelle, comme une brume de printemps, mais près de toi j’étais heureux. Tes silences ne m’ont jamais pesé, ta seule présence me suffisait. Nous ressemblions à ces photos d’un temps ancien, un peu blêmes, où tout semble calme et paisible. Les cris, les passions, les grands mots s’étaient eux-même exclus de nos vies, ne laissant entre nous qu’une simple harmonie qui nous a si longtemps fait vivre dans la sérénité. Une sérénité semblable au calme du parc, aux reflets du soleil sur le lac, au vent dans les arbres.
Nous ne quittions le parc que lorsque la nuit nous en chassait. Sans avoir besoin de concertation, nous nous levions d’un même mouvement pour prendre le chemin du retour, toujours en silence. Nous repassions devant le café, le patron nous saluait de nouveau, puis les ruelles au milieu des grandes maisons à colombage, le vol délicat de ta main vers la poignée du portail … Ma Plume, je me souviens de ce geste dans les moindres détails. Le bout de tes doigts relevés, la paume tendue, la manche de ta chemise qui retombait un peu en deçà de ton poignet, découvrant un minuscule bracelet d’argent. Et ta peau si pâle, comme le lait, comme le duvet des cygnes … Ma Plume, tu étais si blanche, tu paraissais si fragile le jour où tu es partie …

Il n’y a presque plus personne dans le café. La serveuse nettoie et essuie les tables, puis monte les chaises dessus ; les derniers clients ont réglé et je compte la caisse. Il ne reste plus que toi, toujours immobile devant la boiserie, tu n’as absolument pas bougé, ne serait-ce que d’un cil depuis maintenant deux heures. Mais à présent, tu sembles sortir de ta rêverie. Comme chaque soir, le souvenir à fini par s’évaporer au fur et à mesure que la salle s’est vidée. Encore un instant tu restes sans bouger, comme si tu voulais prolonger encore un peu ce retour au passé, ce plongeon dans les sillons de ta mémoire. Sans même avoir besoin de lever la tête vers toi, quittant un instant mes comptes, je connais la suite de la scène. La serveuse à fini, je lui fais signe qu’elle peut partir, elle prend son manteau et s’en va. Cette fois, il n’y a plus que nous deux dans la salle. Comme toujours, tu sorts quelques pièces de ta poche, dépose l’appoint plus dix centimes sur la table et te lève dans un soupir à peine audible. Sans un quelconque autre bruit, tu quittes le café comme une ombre sort du décor, me saluant d’un signe de tête. Comme chaque soir, je vais débarrasser ta table. Et comme chaque soir, je souris : dans la tasse, sur la table, brun et froid, il reste un fond de café-calva.